les fonctions libératrices de l’appelation « l’Occident colonial kaafir »

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Pour identifier le ‘’nous’’- notre identité- nous devons identifier ‘’l’autre’’. Cela nécessite un processus de construction et d’isolation, à travers lequel les paramètres de l’islam et de ses limites conceptuelles sont construits. Permettant ainsi de s’interroger sur ce qui est considéré comme islamique de ce qui ne l’est pas. Une incapacité à délimiter l’islam de l’ ‘’autre’’ laisse les musulmans vulnérables à ce que Malek Bennabi appelle la ‘colonisabilité’. C’est-à-dire la propension à être absorbé dans l’orbite d’une puissance coloniale. Carl Schmitt, théologien politique de premier plan du 20e siècle affirmait que : ‘’ Aussi longtemps qu’un peuple existe dans la sphère du politique, il devra opérer lui-même la distinction entre amis et ennemis. C’est là l’essence même de son existence          [religio-] politique. Dès l’instant que la capacité ou la volonté d’opérer cette distinction lui font défaut, il cesse d’exister politiquement  [et religieusement]. S’il accepte qu’un étranger lui dicte le choix de son ennemi et lui dise contre qui il a le droit ou non de se battre, il cesse d’être un peuple politiquement libre et il est incorporé ou subordonné à un autre système politique. ‘’ – cette distinction repose sur la fondation des frontières conceptuelles de l’islam. Il est essentiel de noter que ce processus (de démarcation) ne doit pas se limiter au théorique mais doit aussi être exprimé ouvertement par un discours /langage islamique, ce dont Sayyed Qutb appelle ’ al mufasala’. Donc cette démarcation apparait dans la théorie et le langage mais également dans l’action et la méthodologie. La sîrah prophétique surgit comme une référence à cet égard ; l’injonction divine de ’’proclamer ouvertement la dawah’’ était inextricablement lié à une autre injonction divine (dans le même verset/Al-Hijr 94) ‘’ et détourne toi des muchrikeen  (associateurs) ‘’. Une autre série de versets dans la sourate Al-Kafiroon consolide d’une manière répétitive ce même point ; versets qui furent ouvertement récités face à la société mecquoise -l’objectif étant encore une fois de plus la démarcation du mouvement islamique naissant dirigé par le prophète Muhammad (s.a.s), de la société ‘jahili ‘ dans la péninsule arabique.

Ces limites/frontières qui isolent/séparent/protègent l’Islam des idées exogènes, furent dissoutes suite au traumatisme de la colonisation et de LA défaite. En conséquence,  ‘l’Occident’ a atteint une position de suprématie politique, militaire et idéologique. Il est devenu le ‘’centre’’ de la légitimité et de la connaissance. Notre assujettissement/colonisation politique et économique a été fondé sur une hiérarchie cognitive axée sur l’occident. En 1952, l’éminent savant Taqiudîn an-Nabhani a fondé le parti de la libération islamique, Hizb ut-Tahrir, l’objectif fondamental étant la libération intellectuelle de toutes les manifestations du colonialisme. Nabhani signala que l’échec inévitable des mouvements islamiques provient de leur incapacité à isoler/séparer l’islam des idées exogènes, un échec à conserver la pureté et la cohérence du crédo/paradigme islamique et ont articulé ce paradigme islamique en se fondant uniquement sur des slogans ambivalents et idées ambiguës (voir  « at-takattul al-hizbi/ la structuration d’un parti»).  Le résultat de manier ces idées ambigües fut l’absorption dans les paradigmes non islamiques. Cette absorption  s’articula (à travers la littérature, discours…) et se matérialisa (à travers les institutions, le juridique…).

La libération intellectuelle éclore et vient par le ‘médium’ de la parole ; les balles ne produisent pas d’idées là où le discours y parvient.   En raison de cela, Hizb ut-Tahrir fait référence à ‘l’occident’ par l’appellation : L’occident colonial mécréant (al-gharb al-kaffir al-musta’mir), en démarquant ainsi ‘l’Occident’ de l’islam.  L’amplitude de l’intériorisation et de l’acclimatation des idées et hiérarchies cognitives coloniales dans le monde musulman peut être discerné par la réaction empreinte de traumatisme que suscite cette appellation ; al-gharb al-kaafir al-musta’mir- à croire que cette déclaration met en question les axiomes fondamentaux de la vérité ou de l’Absolu.

Il y a trois caractéristique encodés dans cette déclaration (1)al-gharb 2)al-kaafir 3)al-musta’mir ) :

1) L’Occident : La civilisation grandiose et hégémonique n’est pas universelle mais historiquement et idéologiquement spécifique à « l’Occident »

2) Colonial : Notre relation avec ‘l’Occident’ n’est pas de l’ordre du dialogue ou de l’harmonie mais plutôt une relation caractérisée par des hiérarchies coloniales.

3) Kaafir : Les principaux idéaux qui composent ‘l’Occident’ sont basés sur le Kufr et ne trouvent pas, tout comme les réformistes l’avancent, leurs origines dans  « l’esprit » de la loi islamique.

En bref, cette appellation a trois fonctions libératrices ; Premièrement, elle délimite l’Occident de l’islam qui nous permet d’engager avec l’Occident pro-activement plutôt que ré-activement. Deuxièmement, elle renverse les hiérarchies cognitives paralysantes qui entravent la libération islamique et troisièmement, elle dénude ‘l’Occident’ et expose sa réalité brutale et son illégitimité idéologique. C’est une déclaration qui décentre  le ‘Centre’ (l’Occident)-l’idole majeure du 21e siècle.

 

Ali Harfouch

Ali Harfouch est un jeune penseur libanais résidant à Beyrouth. Il a effectué des études de philosophie politique à l’Université Américaine de Beyrouth (AUB). Membre du Hizb ut-Tahrir, Ali est également conférencier pour Muslim Debate Initiative. Il publie ses analyses politiques, philosophiques et sur la pensée islamique dans différentes plateformes, à l’instar de : RevolutionObserver, NewCivilisation, 5pillars ou encore khilafah.com.

 

Traduction effectuée par : Muhammad Yasin

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