LE PROBLÈME DU HIJAB EN OCCIDENT (2/3): la prescription sur le retrait du hijab

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Au sein de la religion, sans aucun doute, nous savons que  le khimaar-qui couvre la tête, le cou et la poitrine- est une obligation pour la musulmane dans la vie publique.

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines … » (s. 24, v. 31)

On rapporte de ‘Aicha à ce sujet :

« يرحم الله نساء المهاجرات الأول، لما أنزل الله: ﴿وليضربن بخمرهن على جيوبهن﴾. شققن مروطهن فاختمرن بها. »

« Qu’Allah fasse miséricorde aux premières femmes émigrées; dès que le verset « qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines » fut révélé, elles découpèrent le drap qu’elles portaient (au-dessus de leurs vêtements) et l’utilisèrent pour se couvrir la tête (ainsi que leur cou et leur poitrine). » (Boukhari)

Cette prescription divine est acceptée par tous les musulmans depuis le jour où elle fut proclamée jusqu’à nos jours, et n’a pas été un sujet de controverse. Le fait d’ôter le voile, en divulguant ce qui doit être couvert devant les étrangers (les non mahram) dans la vie publique, reviendrait à commettre ce qui lui est absolument interdit (haraam). Par conséquent, il n’est pas autorisé à la musulmane d’exposer ses cheveux, son cou, sa poitrine ou toute partie intime (awra) dans la vie publique, même lorsque des lois dans des pays islamiques et d’autres pays sont émis contre le port du voile.

En effet, l’obéissance à Allah vient avant l’obéissance à autrui, et l’obéissance à autrui est seulement autorisée si cette obéissance n’est pas contraire aux lois islamiques, même si celui-ci est le Calife des musulmans. Et Il n’y a pas d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur, Allah (Exalté).

Et malgré la clarté de ce fait, certains musulmans ont été épris de doute. La question du port du voile est devenue un sujet de controverse, alors qu’il était suffisant de se tenir à la prescription divine manifeste. Certains musulmans affirment que : « si les femmes musulmanes  venaient à suivre la prescription divine en portant le voile dans les pays qui interdisent le port de celui-ci, elles seraient dépossédées de leurs droits d’enseignement et de l’accès sur le marché du travail. Alors que le travail et l’éducation sont des activités indispensables  pour une femme.  Donc, par soucis de priorité, la femme doit renoncer au khimaar afin de profiter d’une formation éducative  et d’acquérir sa subsistance via un emploi. »

La réponse à cette affirmation : effectivement, la poursuite de la science/connaissance est obligatoire (Fard). D’après Anas (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit:

طلب العلم فريضة على كل مسلم

« La recherche du savoir est une obligation sur chaque musulman » (Ibn Maja)

Cependant, cette recherche du savoir peut être divisée en deux catégories;

  1. Fard ‘ayn (l’obligation individuelle), est une ordonnance divine obligatoire à titre individuel pour chaque musulman. Par exemple : Il est obligatoire pour tout croyant d’effectuer la prière (as-Salat) mais également de connaitre les piliers (Arkan as-Salat), les conditions (Shurût) et les annulatifs de la prière.
  2. Fard ul kifaaya (l’obligation à suffisance), et on entend par là une ordonnance collective, une exigence qui vise un groupe d’individus. Lorsqu’un nombre suffisant d’individus au sein de la communauté ont atteint l’objectif, il n’est plus une obligation que chaque personne dans la communauté doit effectuer, tout comme l’acquisition de connaissances portant sur la physique ou les mathématiques. Et l’acquisition de l’enseignement dispensé dans les écoles et les universités de l’Occident relève de la catégorie de Fard ul Kifaaya. Et quand un Fard ‘ayn est en conflit avec un Fard ul Kifaayale port du foulard est en conflit avec l’acquisition du savoir dans l’éducation occidentale– le Fard Ayn a la priorité sans l’ombre d’un doute.

De plus, la quête du savoir est possible en dehors des établissements d’enseignement officiel où le port du voile est interdit. L’acquisition du savoir est possible au sein des maisons (notamment avec la scolarisation à domicile), au sein des mosquées, dans la communauté…

Par ailleurs, dans le contexte actuel, Il n’y a pas de contradiction entre chercher l’obtention du savoir et le fait de se tenir au  code vestimentaire islamique. La recherche de la science devrait se faire par une voie légale (Shar’ee), et non de manière arbitraire. Lorsque, le moyen utilisé pour la poursuite et l’acquisition du savoir mène à la transgression des lois divines, ceci devient interdit, et il est nécessaire au musulman  de s’efforcer de l’acquérir d’une autre manière qui est licite.

Pour ce qui est du travail, qui est une des façons d’obtenir sa subsistance (ar-Rizq), les musulmans ne devraient pas oublier que cette subsistance est dans les mains d’Allah (Exalté):

« En vérité, c’est Allah qui est le Grand Pourvoyeur (de la subsistance), Le Détenteur de la force, l’Inébranlable. » (S.51, v.58)

« Il n’y a point de bête sur terre dont la subsistance n’incombe à Allah qui connaît son gîte et son dépôt; tout est dans un Livre explicite. » (s.11, v.6)

Et Allah (Exalté) nous a ordonné de rechercher cette subsistance, c.-à-d. que nous devons faire des efforts pour obtenir la subsistance qu’Allah(Exalté) nous a prédestinée, et qui est nécessaire pour subvenir à nos besoins et notre existence.

« C’est Lui qui vous a soumis la terre: parcourez donc ses grandes étendues. Mangez de ce qu’Il vous fournit. Vers Lui est la Résurrection. » (s.67, v.15)

« Et recherche à travers ce qu’Allah t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublie pas ta part en cette vie. » (s.28, v. 77)

L’obtention de la subsistance est soumise à des conditions. D’une part, il est interdit de profiter et de posséder ce qui est illicite.  A titre d’exemple, il est interdit d’utiliser, de fructifier ou de posséder des boissons alcoolisées. D’autre part, le moyen en question  ne doit pas conduire à accomplir des péchés et au Haraam. Par exemple, l’emploi qui conduit au délaissement de la prière. De plus, l’islam a donné à la femme une position privilégiée et ne la pas obligée à travailler, mais l’obligation de subvenir à ses besoins est obligatoire pour son tuteur (waalie). Et si aucune personne ne prend soin d’elle, et qu’elle est forcée d’acquérir son propre approvisionnement, cette subsistance doit être obtenue  d’une manière licite.

Ceci est le fondement en la matière pour les musulmans. Et il est du devoir de chaque musulman de prendre en compte ce qui a été prescrit par sa croyance, car la provision est entre les mains du Créateur. Ainsi, il doit  se tenir à ce que les prescriptions divines sur la provision ont stipulé.

Par conséquent, la musulmane, à qui Allah (Exalté) a prescrit le port du Khimaar/hijab, ne doit pas le retirer en prétextant  la subsistance, mais elle doit poursuivre la subsistance en vertu des prescriptions islamiques. En outre, elle devrait avoir pleine confiance en ce que le Créateur(Exalté) lui a prédestiné.

D’autres, ont apporté une autre excuse, en se cachant derrière un principe présent chez certains juristes, qui est comme suit : « les extrêmes nécessités (dharoura) permettent les interdits » et ont poussé l’analogie pour la question du voile. Nous ne voulons pas, ici, faire la démonstration de l’erreur d’une telle fatwa en traitant du sujet de la nécessité dans la jurisprudence islamique, ainsi que de la divergence (ikhtilaaf) à son sujet, de ses détails, de ses règles  et de  l’invalidité du principe précédemment mentionné, parce que quoi qu’il en soit, il n’est pas question ici d’une quelconque nécessité (dharoura), pour que l’on puisse émettre  une fatwa afin de rendre halal un haraam.

En effet, la question, comme mentionné précédemment, est une question d’équilibre entre un Fard ul ‘ayn et un fard ul-Kifaaya qui est liée à l’enseignement. Le fait qu’une femme quitte un établissement scolaire  à un certain âge ne crée aucune nécessité ni pour elle ni pour la communauté. En ce qui concerne l’acquisition de la provision, en fonction de la subsistance qu’Allah (SWT) a prédestiné, et le musulman se doit d’agir en se tenant aux prescriptions islamiques, et non par des moyens qui sont prohibés.

Le Messager d’Allah a dit (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui):

إن روح القدس نفث في روعي أن نفساً ّ لن تموت حتى تستكمل رزقها وأجلها، فاتقوا الله وأجملوا في الطلب

« L’Esprit Saint m’a révélé : Nulle âme ne goûtera à la mort avant de consommer sa part de provision (rizq) et le découlement de l’échéance de sa vie (ajal). Craignez donc Allâh et rechercher votre subsistance convenablement. » (Narré par Ibn Habbaan à partir d’ibn Mas’ud)

Quelqu’un peut dire «  en effet il n’est pas question de nécessité (dharoura), mais il y a bien un besoin (haja) à l’éducation et à l’emploi, et parfois le besoin peut devenir nécessité. » La réponse à cette déclaration est que nous avons la possibilité de satisfaire ce besoin sans tomber dans l’illicite, indépendamment de l’erreur qui consiste de considérer que le besoin puisse devenir nécessité et ainsi rendre licite l’illicite. Le fait est qu’il est prohibé de se tenir à une loi qui est en conflit avec la prescription divine afin d’acquérir le savoir ou d’obtenir sa subsistance. Et il y a de différentes manières pour permettre aux femmes musulmanes en Occident d’acquérir le savoir et la subsistance de sorte que ce ne soit pas contraire aux prescriptions divines.

 


Ce texte est un extrait du livret publié par Hizb-ut-Tahrir Europe en 2004: ‘Le problème du hijab en Occident: ses causes et ses solutions’

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