l’identité islamique et l’importance de la langue arabe

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De nombreux chercheurs considèrent la langue comme un élément de l’identité, pour certains comme un élément essentiel de celle-ci. Cela est vrai lorsque l’identité dans son existence et sa forme est fondée sur le nationalisme. Cependant lorsqu’elle est fondée sur un crédo intellectuel, la langue n’est pas une composante de l’identité. Pour cette raison, nous ne pouvons pas nous imaginez un français ne parlant pas le français, ou un allemand ne parlant pas l’allemand, mais nous pouvons nous imaginer un musulman parlant l’allemand, le français ou d’autres langues ; les musulmans aujourd’hui ne parlent pas une langue unique et néanmoins ils portent la même identité et c’est celle de l’islam par laquelle ils se distinguent avec fierté.

Que la langue fasse partie de l’identité ou non, tout le monde reconnait l’importance de la langue par rapport à l’influence qu’elle exerce sur l’individu et les groupes lors de la formation de leur mentalité ; la langue est la clé d’accès à la culture et l’outil afin de s’accaparer de la connaissance.

Allah(Exalté Soit-IL) a choisi l’arabe comme langue du Coran, et c’est pour cette raison qu’elle est la langue de l’islam :

إِنَّآ أَنزَلۡنَـٰهُ قُرۡءَٲنًا عَرَبِيًّ۬ا لَّعَلَّكُمۡ تَعۡقِلُونَ

 « Nous l’avons fait descendre, un Coran en [langue] arabe, afin que vous raisonniez. » (S12 ; V2)

كِتَـٰبٌ۬ فُصِّلَتۡ ءَايَـٰتُهُ ۥ قُرۡءَانًا عَرَبِيًّ۬ا لِّقَوۡمٍ۬ يَعۡلَمُونَ

 « Un Livre dont les versets sont détaillés (et clairement exposés), un Coran [lecture] arabe pour des gens qui savent » (S 41 ; V3)

إِنَّا جَعَلۡنَـٰهُ قُرۡءَٲنًا عَرَبِيًّ۬ا لَّعَلَّڪُمۡ تَعۡقِلُونَ

 « Nous en avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez. » (S43 ; V3)

La langue arabe est importante et nécessaire car elle est l’instrument par lequel la liaison avec Allah (Exalté Soit-Il) est faites à travers l’adoration, la récitation du coran ou la prière. De plus elle est la clé par laquelle on accède aux bibliothèques remplies de savoir afin que l’on s’aperçoive de sa richesse culturelle. Ainsi à travers elle, la compréhension s’élargie de paire avec l’identité et elle aide à consolider son fondement. Les prédécesseurs se sont élevés à travers cette langue et ont exhorté à l’étude de cette langue :

Il fut narré de Ubayy ibn Ka’b : « Apprenez la langue arabe comme vous apprenez le Coran »

Il fut narré de ‘Obeid-Allah ibn ‘Obeid Al-Kalaa’i : « Omar Ibn Al-Khattab disait toujours « lisez le Coran, car il est en arabe » »

Et il fut narré d’Ibn ‘Abbas : « Si vous ne comprenez pas une partie du Coran, cherchez le dans la poésie car c’est le langage des Arabes »

Malik avait dit : « Si un homme ne comprenant pas la langue des Arabes et essaierait de comprendre le Coran, je l’aurais punie »

La langue arabe n’est pas un sujet d’étude que l’on choisit, mais une obligation du dîne, dans laquelle la Oumma commet une transgression lorsqu’elle délaisse cette langue. Le dîne de l’individu musulman ne se complète qu’avec elle. Toute négligence de celle-ci mène à une faiblesse dans la compréhension du dîne et est une raison de toute sorte d’innovations et d’égarements. C’est pourquoi le savant linguiste Ibn Jinni dit dans Al-khasaes, et sa parole est juste : « la majorité de ceux qui se sont égarés de la shariah, se sont égarés parce qu’ils n’avaient pas compris l’intention car ils étaient faible dans cette noble et honorable langue »

Nous voulons à travers certains exemples clarifier l’importance de la langue arabe et la nécessité de sa maîtrise pour les musulmans.

  1. S’arrêter au miracle du Coran :

Le Coran contient des significations essentielles et d’autres significations secondaires qui se caractérisent par la systématique, le style d’expression et la force de l’éloquence. L’éloquence et le style magnifique de ses significations secondaires ne peuvent être compris que par celui qui s’est approprié la langue propre dans toutes ces facettes et qui se rend compte de l’impossibilité de produire quelque chose de semblable. Le non-arabe est uniquement conscient des significations premières des mots et ne s’arrête pas au style éloquent qui caractérise les significations secondaires, sans faire appel aux preuves de tiers.

Lorsque le musulman ne connait pas la langue arabe, il doit faire appel à une signification traduite dans une langue qu’il maitrise. Aussi bonne ou éloquente que soit cette langue, elle exprime uniquement les significations essentielles et non pas les secondaires. Et nous ne renions pas qu’il y ait de l’éloquence dans d’autres langues, mais nous affirmons que cette éloquence s’approche de loin à celle de l’arabe, ou ce à quoi réfèrent les expressions qui s’approcheraient de l’arabe. Un exemple est la parole d’Allah (S53 ; V21-22) :

أَلَكُمُ ٱلذَّكَرُ وَلَهُ ٱلۡأُنثَىٰ تِلۡكَ إِذً۬ا قِسۡمَةٌ۬ ضِيزَىٰٓ

En français :

“Sera-ce à vous le garçon et à Lui la fille? Que voilà donc un partage injuste!”

En allemand :

“Verteilt ihr die Geschlechter so, da euch das männliche Geschlecht und Ihm das weibliche
gehrt? DaswäreeineungerechteVerteilung!”

En anglais :

“Is it for you the males and for Him the females? That indeed is a division most unfair!”

En néerlandais:

“Zijn voor u de mannelijke wezens en voor Hem de vrouwelijke? Dat is dan een
onrechtvaardige verdeling!”

Cependant les traductions ne font pas ressortir le sens éloquent et ne démontre ni l’utilisation ni le choix des mots précisés dans ces versets. Les versets sont donc traduits avec des mots et des expressions ordinaires. Afin de comprendre l’éloquence des versets, il faut s’arrêter aux circonstances dans lesquelles les versets furent révélés. Et qui sont : l’utilisation de mots démontre que les arabes incrédules ont accompli à trois reprises l’hérésie : en premier en incarnant les dieux (idoles) ; le deuxième en se considérant meilleurs que leurs idoles ; le troisième en considérant les anges comme féminins tandis qu’ils méprisaient les femmes et lorsqu’ils s’insultaient les uns les autres, ils se traitaient de femme. C’est pour cette raison qu’Allah n’a pas utilisé le terme arabe injuste, inégal ou inéquitable mais Il (Exalté Soit-Il) a utilisé le mot : « Dhizaa ». C’est une déclaration étrange assidue à cet endroit, avec un ton condamnatoire. Les traductions sont donc inégales ou inéquitables bien que non erronées mais ne  représentant qu’une signification. C’est une chose que la personne ne maitrisant pas la langue arabe ne peut comprendre ni ressentir l’éloquence et la douceur des mots utilisés.

  • Comprendre la shari’a

La shari’a ne peut être comprise sans une compréhension approfondie  des textes du livre (Coran), de la noble sounna et de l’ijtihad du fait de l’extraction des prescriptions de ces sources. Cela ne peut se faire sans maitriser la langue arabe. Il y a toujours eu un consensus que ce soit auprès des savants classiques ou modernes que la langue arabe est une condition essentielle de l’ijtihad, et celui qui ne possède pas le savoir de la langue arabe n’a pas le droit de faire de l’ijtihad dans le dîne. En deçà personne n’a le droit d’expliquer les textes en arabe ou de la grammaire arabe sans cet acquis.

Nous percevons actuellement que dans certains pays en Occident, par certains caractérisés par l’Occident comme des ‘penseurs islamiques’, clamer l’ijtihad dans le dîne et parlent du halal et du haram et critiquant avec assiduité ce qu’ils estampillent comme le ‘fiqh classique’, tandis qu’ils ne connaissent rien de la langue arabe, ni ne peuvent comprendre le texte et n’ont pas lu les paroles des savants. Comment leur est-il possible de faire l’ijtihad et de critiquer le fiqh sur base des ‘Critiques’ de Kant, ou sur base du livre ‘Le contrat’ de Rousseau ou sur base ‘Des Lois’ de Montesqieu, tandis qu’ils ne connaissent rien de la Mouwatta de Malik ou de la Risala de Ach-Chafi’i, ou le Mousnad d’Ahmad ?

Nous percevons que certains, classifiés par l’Occident comme ‘modérés’ et formés par l’Occident afin de remplir un rôle de leader au nom des musulmans dans les pays de l’Occident, propagent l’idée d’altérer le dîne. Ils clament que le texte contient deux lectures : l’une litérale (harfiyya) et l’autre figurative (madjaziyya). Ce que nous aurions besoin dans les pays d’Occident est ce regard figuratif sur les textes. Ils considèrent acceptables que le Coran et la Sounna soit interprétés de sorte qu’ils puissent s’accorder avec les valeurs de la civilisation Occidentale, sa culture et ses concepts. Ce courant partage le texte en deux parties : une partie qui est littérale, c’est celle qui comporte le crédo et les rites, et une partie qui peut être interprétée et c’est donc celle qui comporte les systèmes de la vie. Cela implique une méthodologie qui n’a rien avoir avec la langue arabe par lequel le Coran fut révélé ou par laquelle le Messager s’est exprimé. Comme nous pouvons déduire l’obligation du jeûne à partir de ce texte :

يَـٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُواْ كُتِبَ عَلَيۡڪُمُ ٱلصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى ٱلَّذِينَ مِن قَبۡلِڪُمۡ لَعَلَّكُمۡ تَتَّقُونَ

« Ô les croyants! On vous a prescrit aṣ-Ṣiyām comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété. » (S 2 ; V183)

Nous pouvons déduire l’obligation du qisas (talion) sur l’assassin à partir de :

يَـٰٓأَيُّہَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُواْ كُتِبَ عَلَيۡكُمُ ٱلۡقِصَاصُ فِى ٱلۡقَتۡلَى‌ۖ

 « Ô les croyants! On vous a prescrit le talionau sujet des tués… » (S2 : v178)

Il n’y a aucune différence dans la formulation de ces deux prescriptions. D’où ont-ils alors déduit que le jeûne est obligatoire pour le musulman et le qisas(talion) à travers l’exécution de l’assassin ne soit plus acceptable car en conflit avec l’esprit de notre époque ? Nous n’avons pas besoin de cette division ni de l’interprétation que nous venons d’évoquer.

Nous pouvons donc conclure que la langue arabe est très importante et indispensable afin d’approfondir la prise de conscience de notre identité et afin de consolider notre relation avec notre culture et civilisation islamique.

Ce texte est une traduction d’un extrait du livre ‘L’identité islamique’ publié par Hizb ut Tahrir Europe 2009

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